L’inconnu

Depuis près d’un an, il se pointe de temps de temps. Je l’entends à peine effleurer la porte et à pas de loups s’installer discrètement dans la chaise basse placée stratégiquement dans le coin de la chambre. À la base, ladite chaise devait servir nos ébats, mais sa fragilité à eu raison de nous et pour un temps elle n’était que là, à se faire contempler… Au cours de l’année s’y est installé l’inconnu, le contemplateur, le voyeur.

Loin d’être de nature exhibitionniste, j’étais hésitante à l’idée de laisser un homme, un inconnu entrer dans notre intimité. C’est une banale journée, suite à un commentaire sur un site d’échange adulte que cet homme s’est si naturellement invité chez nous, dans notre vie, notre lit. Il a nommé nos préférences sexuelles et lui a avancé, de la façon la plus banale, qu’il aimerait avoir la chance d’être témoin de nos ébats; de loin, discrètement, sans participer, juste regarder… il a osé le demander.

J’ignore tout de l’homme, de qui il est, d’où il vient, de ce qu’il cherche à se faufiler dans notre intimité. À sa demande, j’ai toujours les yeux bandés lors de ses passages, mais je sens un homme raffiné. Son parfum est un mélange parfait d’ambre et de cognac digne des grands noms, ses mouvements semblent subtils, fluides, son timbre de voix chaud et gris, son langage, selon les quelques rares phrases entendues, est posé, directif et toujours pertinent.

Je le nomme l’inconnu, c’est ce qu’il est pour moi. Je ne le connais pas, ne l’ai jamais vu ni rencontré; mais je le ressens quand il est là. Je sens sa présence, son regard sur moi, son envie, son désir. J’entends son respire se couper, s’approfondir, s’emballer, j’entends l’excitation se pointer dans son souffle pourtant discret. Son intensité est sentie, à un point tel que l’excitation ressentie à le savoir là me foudroie à chaque fois.

Il formule ses rares demandes d’avance et elles s’avèrent toujours pour moi comme des actions de jactances. Notre sexualité étant au départ l’élément qui l’a porté vers nous, il sait nous formuler ses désirs en une seule parole, allumant le feu, sortilège, sorcellerie.

L’invitation de nous joindre n’est qu’imminence, et ce sera, je le souhaite, un feu torride qui s’accaparera de nous, pour alimenter la braise avec laquelle cet inconnu nous nourrit si goulûment.

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